samedi 7 février 2009

Angoulême goulûment

Faut-il être mignon(ne) pour percer en tant que portraitiste?
NB : ceci est une vraie question, bien que faussement naïve.

Je repense à la place de la Bastille, le 29.
A ce pudding d'humanoïdes en train de se figer. Surface flasque, frissonnante de pancartes, écumante de mots d'ordre décongelés.
A ce bourgeonnement de bipèdes et de tripods.
A ces jeunes échappés pour quelques heures du papier glacé des magazines vendus dans les kiosques des alentours.
A ces jolis mômes harnachés de reflex, camelots d'esthétisme, receleurs d'instantanés promis à perdurer.
Les objectifs haranguaient la foule, rendant les porte-voix aphones et les coiffures soignées nerveuses. Les prunelles clignotaient, brasillantes lorsque mises en joue par un éphèbe transitoire et comme violées quand épiées par un indésirable.

Ils appuyaient frénétiquement sur la gâchette. L'index extatique, comme possédé, sur le déclencheur. Spasmes phalangés, soulagement d'un clitoris optique suppliant. Ils mitraillaient. Les victimes s'écroulaient anarchiquement, le sourire aux lèvres, à l'idée de figurer dans quelques heures sur le blog d'un gandin talentueux.

Ne prenez pas le métro, prenez le pouvoir.

Les lycéens à califourchon sur la Colonne de Juillet, comme savamment disposés pour les couvertures des quotidiens du lendemain. Sentinelles éphémères et interchangeables à l'avant-garde du "j'y étais".



Un strip extrait de Mon gras et moi (estampillé sélection officielle pour Angoulême 2009) par Gally

Aucun commentaire: